Samedi 18 octobre 2008
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Un lundi matin, comme de nombreux autres, intemporel, répétitif.
J'arrive au boulot, après ce TGV de gens fatigués, après ce métro d'énervés, cette traversée de rues tristes. Un journal sur une table, une photo qui accroche mon regard : un paysage grandiose
avec au premier plan un kayak, en titre : "évadez-vous dans l'ouest canadien".
Commentaire du journaleux, "un canoé dans l'ouest canadien...".Décidément certains ne feront jamais la différence entre un canoé et un kayak, même les journaleux...
Je cogite depuis de nombreux mois mon évasion, une vraie évasion pour quitter quelque temps ce monde de surfaits, de citadins attachés à leurs apparences.
J'arrive de la côte tous les jours pour ce travail au coeur de la misère d'une grande ville.
Mes évasions,
fusibles nécessaires, sont ces week-ends passés en mer.
Mon kayak de mer est équipé pour aller loin, il est mon complice inséparable qui me permet de franchir la frontière de la plage.
Un vieux kayak, oublié, abandonné, que j'ai refait, à qui j'ai redonné sa dignité, qui ne me fait jamais faux bon, même quand j'ai peur de la mer, des vagues.
Un vieux kayak, fier, qui fend l'eau, son étrave est puissante, je vole, surf, vis, enfin.
Les inuits construisaient leurs kayaks autour du corps du futur propriétaire.
L'homme devenait un amphibien, transformé
pour aller sur l'eau. Son kayak ne pouvait s'échanger, il devenait
ses
membres, ses jambes, ses bras. La magie opérée, il partait à la découverte d'autres territoires, d'autres dangers.
Un risque accepté, dans un univers nouveau, bordé d'incertitude et d'inconnu.
Le téléphone sonne, la journée commence, je découpe la photo,
elle ne mérite pas de finir dans la poubelle "citadine".
A force et à force d'à force, mon évasion se matérialise, Spitzberg, Mer de Norvège, Lofoten, tout cela est flou.
J'ai acheté une carte de Norvège, ressorti un livre de Kim Hafez, l'ai relu et rerelu.
Ma destination sera le Cap Nord, pour redescendre sur les Lofoten.
Affaire à suivre...
En attendant, je dois survivre, les
évasions deviennent nécessaires, après-midis pris, volés.
Je quitte la folie des hommes, le TGV devient "Magique", je me dépêche d'enlever mes fringues du quotidien, enfile un vieux jean, un vieux pull, charge mon "kayak magique", un
short, le matos et je file. On croirait un bébé tortue qui se dépêche de rejoindre la mer, et d'échapper aux
prédateurs...Un lundi matin, comme de nombreux autres, intemporel,
répétitif.
J'arrive au boulot, après ce TGV de gens fatigués, après ce métro d'énervés, cette traversée de rues tristes. Un journal sur une table, une photo qui accroche mon regard : un paysage grandiose
avec au premier plan un kayak, en titre : "évadez-vous dans l'ouest canadien".
Commentaire du journaleux, "un canoé dans l'ouest canadien...".Décidément certains ne feront jamais la différence entre un canoé et un kayak, même les journaleux...
Je cogite depuis de nombreux mois mon évasion, une vraie évasion pour quitter quelque temps ce monde de surfaits, de citadins attachés à leurs apparences.
J'arrive de la côte tous les jours pour ce travail au coeur de la misère d'une grande ville.
Mes évasions,
fusibles nécessaires, sont ces week-ends passés en mer.
Mon kayak de mer est équipé pour aller loin, il est mon complice inséparable qui me permet de franchir la frontière de la plage.
Un vieux kayak, oublié, abandonné, que j'ai refait, à qui j'ai redonné sa dignité, qui ne me fait jamais faux bon, même quand j'ai peur de la mer, des vagues.
Un vieux kayak, fier, qui fend l'eau, son étrave est puissante, je vole, surf, vis, enfin.
Les inuits construisaient leurs kayaks autour du corps du futur propriétaire.
L'homme devenait un amphibien, transformé pour aller sur l'eau. Son kayak ne pouvait s'échanger, il devenait ses membres, ses jambes, ses bras. La magie opérée, il partait à la découverte
d'autres territoires, d'autres dangers.
Un risque accepté, dans un univers nouveau, bordé d'incertitude et d'inconnu.
Le téléphone sonne, la journée commence, je découpe la photo,
elle ne mérite pas de finir dans la poubelle "citadine".
A force et à force d'à force, mon évasion se matérialise, Spitzberg, Mer de Norvège, Lofoten, tout cela est flou.
J'ai acheté une carte de Norvège, ressorti un livre de Kim Hafez, l'ai relu et rerelu.
Ma destination sera le Cap Nord, pour redescendre sur les Lofoten.
Affaire à suivre...
En attendant, je dois survivre, les
évasions deviennent nécessaires, après-midis pris, volés.
Je quitte la folie des hommes, le TGV devient "Magique", je me dépêche d'enlever mes fringues du quotidien, enfile un vieux jean, un vieux pull, charge mon "kayak magique", un
short, le matos et je file. On croirait un bébé tortue qui se dépêche de rejoindre la mer, et d'échapper aux prédateurs...
Il y a de ça, je quitte l'agressivité, la frime, les petits cons à casquette, la
ville.
Je passe les premières vagues, barrière au monde terrestre, dirige la pointe de mon kayak sur mon cap : le
large.
Deux heures à lutter, à cinq milles de la côte, le vent, la houle, je suis en sécurité, humble et fragile, minuscule et puissant.
Je chante, je hurle à la vie...
Je rentre à la presque nuit, fatigué, heureux.
Chouette évasion.
Des images plein la tête, des photos que j'aurai pu prendre.
Des images que je ferai les prochaines fois, rien que pour la joie de les partager.
Je repars le lendemain, un matin froid, avec mes fringues du quotidien, ces gens tristes et fatigués.
Le projet prend forme, j'ai acheté un cahier, note, colle des cartes, des photocopies, collectionne des adresses.
Le dossier rédigé est expédié, de l'aide, un coup de pouce, j'ai deux années pour le réaliser. Je partirai en mai 2010.
Mon kayak actuel ne pourra être mon compagnon, pas adapté, j'ai besoin d'un kayak avec un volume de charge important, 4 semaines de vivres, duvet, tente, réchaud, vêtements, la liste est
complète, le matériel est choisi.
Le kayak aussi, Bélouga est son nom, PLASMOR ses parents, je l'adopte, l'éduque et souhaite en faire mon compagnon d'évasion, naviguer en Arctique signifie plein de choses, la première, avoir
confiance en son embarcation.
Affaire à suivre...
Je pratique le kayak depuis l'âge de douze ans,
passage en club, compétitions, haut niveau. Championnats, travail, préparation, kayak passion, kayak obligation. Bassins d'eau vive, slalom, descente, stress...
Kayak entre copains.
Le kayak de mer viendra bien plus tard, il sera le moyen de découvrir une façon de vivre en nomade, d'aller d'îlots en îlots, de découvrir la Bretagne, la mer.
Il se transforme petit à petit en jeu alors qu'il était devenu un devoir.
Des images plein la tête :
La photographie, même sans appareil, c'est cette faculté de garder en mémoire des instants, des lumières, une ambiance.
Je travaille avec l'image depuis toujours et c'est devenu une passion.
Chaque évasion que je fais reste gravée de quelques souvenirs, un album photo que j'entretiens dans ma tête, mais que je ne peux partager. C'est peut être ça la différence, car les images sont
les mêmes.
Des images à venir, motivation aussi de ce voyage en mer de Norvège, à la rencontre de paysages, d'ambiances et de lumières inhabituelles. Témoignage ou partage?
Le matériel emporté se décompose en essentiel. Dans l'essentiel, du matos de photo et vidéo.
L'eau
vive :
Similitude entre torrent et mer, je ne sais pas encore, à part les différences que tout le monde peut citer, il y en a certainement. Dans tous les cas l'eau vive m'a beaucoup donné, sur
certains passages en mer en courant de marée, hormis le repère de la berge, je navigue comme en eau vive, recherche la vague de courant, fait des bacs. Je ne l'explique pas, c'est une sensation
que j'éprouve.
Le bateau réagit pourtant différemment, c'est une histoire de contexte, une histoire d'adaptation.
Adaptation est le mot, le kayak à l'origine était une embarcation de mer, déclinaison au fur et à mesure des "tendances et loisirs", il est devenu un sport d'eau vive.
Extrême pour certains, promenade sportive pour d'autres, le dernier tiers parle de canoé...
La sensation reste identique, le bateau change, redevient comme à l'origine : étravé, avec une forme "mer" que l'on retrouve à travers les siècles.
Le kayak d'eau vive s'affine pour la compétition, prend du volume pour la grosse rivière, se rétrécie' se transforme en "babouche" pour l'évolution en
vague de rivière.
Le kayak de mer lui ne change pas, sa carène peut se modifier, mais il reste tel que les inuits l'avait pensé, ses formes sont originelles pour les puristes.
J'ai évolué en eau vive sur des kayaks de slalom et de descente, logique de navigation différente mais recherche de la performance identique.
Peut-être que c'est ça, la performance, le toujours plus que j'ai quitté...
Rencontre inattendue
:
Samedi matin, les premières gelées, ce soleil présent, lumineux, qui réchauffe.
Je sors le kayak par un vent de nord ouest, force 3 à 4. Les vagues sont écrasées.
Je savoure ce moment de glisse où le bateau avance, nez devant dans ce clapot.
Surgissent les habitués de la baie, une colonie d'une dizaine de phoques, joueurs, avec ce regard touchant qui ne semble pas oublier le mal que l'homme leur fait.
Ils jouent, sautent comme au cirque, sans dresseur, sans punition, sans bâton, sans fouet.
Ils s'approchent du kayak, il n'y a pas si longtemps, il symbolisait la chasse, la mort.
Je préfère ne pas les habituer à ma présence.
Dommage, je traîn
e cette réputation d'humain, de prédateur, de destructeur, autant qu'ils continuent à se méfier.
Dans d'autres pays, la chasse au phoque est toujours un loisir....
Je respecte leur terrain de jeu, je suis un intrus et préfère filer mon cap et m'éloigner.
J'irai les photographier de la plage.
Par laurent Jeandel
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Publié dans : aventure en kayak
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